Nés
sur le carreau des mines pour transporter le
charbon entre les puits d'exploitation et les
voies navigables les plus proches, les premiers
chemins de fer n'ont pas donné immédiatement
naissance aux voies ferrées telles que
nous les connaissons aujourd'hui. Les premiers
rails étaient en bois, les premiers trains
(y compris de voyageurs) étaient tirés
par des chevaux et ne transportaient que du
charbon. C'est ainsi qu'est née, le 27
septembre 1825, la première véritable
voie ferrée au monde en Angleterre, entre
Stockton et Darlington (19 km), près
de Newcastle, mais d'autres virent le jour à
la même époque en Écosse
et dans le Lancashire où fut mise en
service, en 1830, la première ligne de
chemin de fer : Liverpool-Manchester (51 km).
En France, c'est le 1er octobre 1828 que fut
ouvert le chemin de fer de Saint-Étienne
à Andrézieux (sur la Loire). Mais,
à cette date, cette ligne, longue de
14 km et à traction animale, ne transportait
que du combustible. Il faudra attendre 1832
pour que, prolongée jusqu'à Lyon,
cette voie ferrée supporte un service
régulier de voyageurs au moyen de locomotives
à vapeur, sur des rails en métal.
L'association de ces trois éléments
— voie ferrée, traction à
vapeur, régularité des horaires
— définit véritablement
le départ du chemin de fer en tant que
moyen de transport moderne.
À partir de 1840, les chemins de fer
se développèrent très rapidement
dans tous les pays qui disposaient de charbon,
ou qui pouvaient en disposer facilement, essentiellement
l'Europe et les États-Unis. C'est entre
1830 et 1930 que se sont constitués les
grands réseaux ferrés, mais l'essentiel
de leurs voies ferrées, surtout les plus
importantes, se mit en place au cours des années
1840-1890. En 1881, on a compté 363 000
km de chemins de fer dans le monde (dont 172
000 en Europe et 165 000 aux États-Unis).
En 1950, ce total avait plus que triplé
: 1 300 000 km, dont 350 000 pour les États-Unis.
Le réseau
ferré:
Le chemin de fer
(la machine à vapeur pendant près
d'un siècle) a permis la remorque de
lourdes charges (plusieurs centaines de tonnes,
jusqu'à 3 000 tonnes aujourd'hui) à
vitesse élevée, mais sous réserve
que les pentes ne soient pas trop accentuées
: 35 p. 1 000 (3,5 p. 100) en montagne, exceptionnellement
jusqu'à 60 p. 1 000 en simple adhérence.
Au-delà, il faut faire appel à
une crémaillère. Mais sur les
grandes lignes, 8 p. 1 000 est un maximum.
Les voies ferrées, conçues pour
la traction à vapeur au XIXe siècle,
ont donc été implantées
préférentiellement dans les sites
les plus plats, c'est-à-dire dans les
plaines et surtout dans les vallées,
ce qui a eu pour effet de multiplier les sinuosités
du tracé. Jusqu'à une époque
récente, ces dernières n'ont pas
freiné la recherche d'une vitesse toujours
plus élevée : sur les grandes
lignes, des rayons de courbes de l'ordre de
800 à 1 000 m permettent en effet des
vitesses de 140 à 160 km/h. En revanche,
en montagne, les voies ferrées offrent
des courbes dont les rayons peuvent descendre
jusqu'à 350 m, ce qui implique de réduire
la vitesse jusqu'à 70-80 km/h.
La voie ferrée s'insère moins
facilement dans la topographie que la route
: en raison de la difficulté de la machine
à vapeur à gravir les fortes pentes,
ce sont les chemins de fer qui, les premiers,
ont engendré la réalisation des
ouvrages d'art en grande série : les
viaducs et les souterrains qui permettent de
concilier les contraintes topographiques et
les fortes exigences de la voie ferrée
en matière de tracé et de nivellement.
De nos jours, la longueur cumulée des
tunnels français est de l'ordre de 500
km. Si la plus grande partie d'entre eux sont
assez courts (moins de 1 000 m), les plus longs
sont ceux qui franchissent les seuils sous les
plateaux, ou plus encore les massifs montagneux,
souvent à caractère international
: Fréjus (Paris-Rome) : 14 km, Simplon
(Paris-Milan) : 20 km. Plus tard, sont venus
les tunnels sous-marins, d'abord en Angleterre
(Severn : 7 km), puis tout récemment
au Japon, le tunnel du Seikan entre les îles
d'Hokkaïdo et de Honshu (53 km), et le
tunnel sous la Manche, de même longueur.
Les réseaux ferrés offrent une
densité très inégale dans
le monde : de nombreux États en sont
peu pourvus, mais il n'en reste pas moins que
le chemin de fer s'est étendu dans presque
toutes les parties du monde, depuis les déserts
de la zone tropicale (ligne Perth-Adélaïde
en Australie) jusqu'au-delà du cercle
polaire (Kiruna-Narvik entre la Suède
et la Norvège), depuis le niveau de la
mer jusqu'à près de 5 000 m (4
818 m dans les Andes au Pérou).
Le TGV:
Au cours des années
1970 cependant, la concurrence de l'aviation
intérieure entraîna la mise au
point du concept français de train à
grande vitesse (TGV). D'abord appliqué
entre Paris et Lyon, liaison sur laquelle on
s'était inspiré du projet avorté
d'aérotrain Bertin en vue de remédier
à la saturation de la ligne classique,
le TGV a été progressivement érigé
en un véritable système de transport
associant une nouvelle infrastructure (la ligne
à grande vitesse ou LGV), un nouveau
matériel (rames TGV indéformables
à grande capacité, capables de
circuler à 300 km/h sur la nouvelle infrastructure)
et de nouvelles méthodes d'exploitation
comparables à celles du transport aérien
et se traduisant notamment par des fréquences
élevées, une absence d'arrêts
intermédiaires sur la LGV, et la spécialisation
des rames par destination.
Inauguré en 1981 entre Paris et Lyon,
le TGV Sud-Est fut suivi en 1989 de la mise
en place du TGV Atlantique, en 1993 de celle
du TGV Nord-Europe entre Paris et Lille, puis
en 1994 du TGV Rhône-Alpes reliant Lyon
à Valence.
En 1991 était adopté un schéma
directeur à grande vitesse portant sur
la création de 4 000 km de lignes supplémentaires,
destinées à relier Paris aux principaux
centres d'activités de province en moins
de trois heures. C’est chose faite, malgré
les virulentes polémiques incontournables
concernant le choix du tracé et le coût
du projet, entre Paris et Marseille depuis la
mise en service du TGV Méditerranée
le 10 juin 2001. Aujourd'hui, la France compte
environ 1 500 km de lignes à grande vitesse
reliant Calais à Valence par la ligne
de contournement de l'agglomération parisienne,
ainsi que Paris à Tours, au Mans et à
Marseille. D’autres LGV sont actuellement
en cours de construction, notamment le TGV Est
(Paris-Strasbourg) — rebaptisé
récemment TGV Est européen —,
et le TGV Rhin-Rhône (Mulhouse-Dijon-Lyon).

Les lignes ferroviaires à grande vitesse
sont, pour le moment, l'apanage de certains
pays européens (France, Allemagne, Belgique,
Espagne, Italie) et du Japon, mais les projets
tendent à se multiplier dans le monde
(sauf en Afrique), notamment en Corée,
en Chine et aux États-Unis. D'une manière
générale, tous les réseaux
ferrés des pays industrialisés
s'efforcent d'atteindre des durées de
trajet de plus en plus proches de celles de
l'avion (record mondial de vitesse sur voie
ferrée : 515 km/h par la SNCF en 1990).
(Voir aussi train à lévitation
magnétique).
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